Hommage à une Femme de Pouvoir:
Hypatie : philosophe, astronome, mathématicienne.
De 370 à 415 après Jésus-Christ.


Extrait de "Constellation de la vierge":
Hypatie, si je regarde des lumières pures
Là-bas en haut, demeure la vierge,
Non des mots, des étoiles je déchiffre :
Ton discours c’est des phrases de feu.
Palladas (Anthologie Palatine, IX, 400)
Octavio Paz, l’Arbre parle, 1990.

 

Au quatrième siècle après Jésus Christ, depuis l’antique cité d’Alexandrie en Égypte où tu vécus, très peu de choses nous sont parvenues de toi, chère Hypatie. Cependant les savants, les philosophes et les poètes, à travers les siècles n’ont jamais cessé de te rendre hommage. On a dit de toi que tu étais Minerve réincarnée.


Plus près de nous, des philosophes comme Descartes, Newton, Leibniz ont contribué à faire connaître tes travaux. Tout récemment, la Nasa donnait ton nom à un jour de son calendrier.


Mais quel mystère étais-tu donc pour que ta présence, malgré les rares traces des écrits que nous ayons de toi (quelques lettres, quelques phrases qui ont pu être préservées de la destruction), nous rejoigne de si loin et nous parle toujours?


À l’approche de ce que fut ta vie, nous le comprenons davantage et nous ne pouvons nous empêcher d’être émus par la puissance du témoignage que tu nous livres.

Tu étais fille d’un mathématicien du nom de Théon, considéré à son époque, comme l’homme le plus cultivé de l’Égypte, il t’apprit tout ce qu’il savait des enseignements de Pythagore, de Platon et de Socrate; tu étudias les théories de Ptolémée, tu étudias l’astrologie, l’astronomie, la philosophie et les différentes religions du monde. Plutarque d’Athènes t’enseigna la théurgie cette science profonde des mages qui fait appel à la connaissance spirituelle des pouvoirs de la nature. Tu fus en Égypte à la tête de la plus importante école de philosophie à Alexandrie où tu enseignas la philosophie naturelle, la musique et les sciences.

Les témoignages historiques font mention non seulement de ton intelligence exceptionnelle mais aussi de ta bonté et de ta nature vertueuse, toi dont la beauté émerveillait. Quelques mots simples, empreints d’intériorité et de modestie nous parviennent de toi et traduisent la qualité de ton être : « Soyez bon et gardez votre voix basse. ».


Par la profondeur de tes enseignements et ton éloquence, tu devins une grande pédagogue, cherchant à éveiller chacun à sa propre intelligence et nombreux étaient ceux et celles qui venaient des villes éloignées pour t’entendre commenter Platon et Aristote ainsi que les oeuvres des grands mathématiciens. « Réservez votre droit de penser, - écrivais-tu - parce qu’il est préférable de penser incorrectement que de ne pas penser du tout. »


Toute ta vie tu as cherché la vérité afin de la transmettre et de la préserver contre les fanatismes de l’ignorance et du dogmatisme religieux. Tu as cherché, dans une époque trouble, empreinte de fétichisme, à éclairer tous ceux qui venaient chercher la sagesse auprès de toi. Et tu exerças une influence majeure sur les plus grands esprits de ton siècle.


Tu eus un disciple fameux, Sinécios de Cyrène, à qui tu enseignas les lois de l’univers et la voie de la connaissance intérieure. C’est à travers des lettres que vous vous échangiez que l’on te rencontre un peu. L’on y apprend que tu réalisais certains outils dont l’astrolabe qui servait à l’étude des mouvements des corps célestes, instrument avec lequel tu enseignais l’astronomie. L’on te connaît plusieurs inventions aussi dont un instrument servant à distiller l’eau et l’hydromètre servant à mesurer la gravité de l’eau.

Nous n’avons plus les traités majeurs d’astronomie et de mathématiques que tu écrivis, ils furent détruits, mais l’on sait que tu écrivis un commentaire sur Diophante, un traité d’astronomie et un commentaire sur les sections coniques d’Apollonius. On te connaît un important traité d’algèbre et de géométrie. Tu développas, en géométrie, le concept de l’hyperbole, de la parabole et de l’ellipse et les rendit plus accessible à la compréhension. Tu eus en occident un impact profond sur le développement des mathématiques et l’on te considère comme la première femme en occident à avoir eu une influence déterminante sur les mathématiques.

Ta quête de la sagesse n’avait d’égale que ton combat pour la liberté de penser et tu dénonças toutes formes de superstitions ou de dogmatismes « Toutes religions formelles et dogmatiques sont fallacieuses et ne doivent jamais être acceptées comme absolues par quiconque se respecte. »écrivais-tu.


Mais au 4 ème siècle après Jésus Christ, à l’époque où tu vécus, régnait l’obscurantisme et le chaos. Les pères de l’Église voyait d’un mauvais oeil que grâce à tes cours sur Platon et sur Plotin, tu révélais les mystères religieux inventés par l’Église, ceux-ci te considérèrent comme dangereuse. De plus grâce à ta connaissance de la théurgie tu instruisis les masses sur les pouvoirs de la nature et expliqua que ce que l’autorité cléricale nommait miracle divin afin de s’assujettir les foules n’était que l’utilisation des pouvoirs de la nature . « Enseigner des superstitions comme des vérités est la chose la plus terrible » peut-on lire de ta main.

Il n’en fallait pas davantage pour que Cyrille qui représentait l’autorité de l’Église à Alexandrie, jaloux et envieux de ta popularité auprès du peuple et opposé à Orestes, gouverneur civil de l’époque, auquel tu étais liée d’amitié, fomente un complot. Une meute d’individus brutaux s’insurgèrent contre toi. Sur la place publique, ils lacérèrent tes chairs avec des coquilles d’huîtres avant de brûler ton corps.

« Dernière étoile de la sagesse antique » comme te surnomma Helena Petrovna Blavatsky, tu connus la fin tragique des pionnières qui ébranlent les dogmes et ouvrent de nouveaux chemins, mais ton respect de la vérité, ton amour de l’humain dans sa conquête de lui-même te permirent de préserver les lumières d’un savoir afin qu’il parvienne jusqu’à nous. A travers les siècles, ta ferveur est un phare qui transperce les obscurités et certainement tu tiens la lampe de Minerve la Déesse pour guider ceux qui de tout temps cherche la source lumineuse de la sagesse.


Citations de Hypatie :
« Toutes religions formelles et dogmatiques sont fallacieuses et ne doivent jamais être acceptées comme absolues par quiconque se respecte. » Hypatie
« Réservez votre droit de penser, parce qu’il est préférable de penser incorrectement que de ne pas penser du tout. » Hypatie
« Enseigner des superstitions pour des vérités est la chose la plus terrible. » Hypatie

 

 
 

Une Femme de Pouvoir:

Jeanne Mance, l'amour du Don.

De 1606 à 1673

Première infirmière laïque d’Amérique du Nord, cofondatrice de la colonie missionnaire de Montréal et fondatrice de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, Jeanne fut surnommée “l’ange de la colonie” par ceux à qui elle dédia sa vie.

Jeanne était chérie de son vivant et son image légendaire d’héroïne ne cesse de se renforcer avec le temps.

Née à Langres, en France, en 1606, Jeanne s’est toujours distinguée par une grande curiosité et indépendance de caractère. Adolescente, malgré une santé des plus chancelantes, elle rêve de partir rendre service dans le lieu du monde considéré comme le plus redoutable et démuni. Ce lieu l’appelle, au plus grand désarroi de son entourage: «Dieu me veut en Canada. Je ne sais pas pourquoi. Je m’abandonne aveuglément à ce qui va se passer.»

 

Avec détermination, elle combattra les moult obstacles à son départ en Nouvelle-France. Avec une gaieté à toute épreuve, elle se rend à La Rochelle, où une mission dirigée par le jeune idéaliste Paul de Chomedey est précisément à la recherche d’une «fille ou d’une femme de vertu assez héroïque et de résolution assez mâle pour venir dans ce pays prendre soin de toutes les denrées et marchandises nécessaires à la subsistance de ce monde et pour servir en même temps d’hospitalière aux malades ou blessés». Jeanne, qui résonne à cet appel, est alors invitée à intégrer la nouvelle colonie pour le «soin du dedans», comme Maisonneuve pour «le dehors et la guerre». Un projet fou : celui de la fondation de la colonie de Montréal.

Le 9 mai 1641, deux vaisseaux quittent La Rochelle. Dans l’un d’eux, Paul de Chomedey. Dans l’autre, la jeune Jeanne Mance. Trois mois plus tard, une Jeanne complètement épuisée débarque à Québec, où elle rencontrera l’exemplaire Madeleine de La Peltrie. Une première expédition de reconnaissance est organisée. Outils, vêtements, vivres, travaux de tous les corps de métier : Jeanne gère les opérations de main de maître.

En France, l’enthousiasme qui transparaît dans les missives de Jeanne saura attirer des partenaires surprenants dans ce fou projet – dit Société de Montréal – qui n’avait d’autres buts que de bâtir des maisons, défricher les terres et d’établir des écoles pour les Amérindiens. Des notables et prêtres parisiens de grande influence appuient financièrement la fondation de la future «Ville-Marie».

En mai 1642, le convoi d’aventuriers animés d’une exceptionnelle confiance en la vie remonte le Saint-Laurent et jette les ancres à Pointe-à-Callières. À la grande joie de Jeanne, un courrier de France annonce l’octroi de fonds pour la construction d’un hôpital. De plus en plus d’Amérindiens se joignent aux Montréalistes. Des Algonquins installent leurs tipis autour du fort. De vraies maisons sont érigées, remplaçant les simples cabanes en rondins. L’Hôtel-Dieu commence à remplir sa mission. Jeanne voit enfin son rêve se réaliser. La Société de Montréal est en train de germer.

Mais le tableau s’accompagne d’ombres : les escarmouches entre Hurons et Mohawks et les attaques des Iroquois confrontent Jeanne à une réalité hostile. Cette adversité ne fera qu’attiser la flamme d’amour divin qui brûle en elle, et la conforter dans son dessein le plus profond qu’elle nomme «volonté de Dieu».

En juillet 1645, commence la construction de l’hôpital Hôtel-Dieu. Il fallait du courage pour s’installer dans ce premier bâtiment hors de l’enceinte de Ville-Marie, sans cesse exposé aux possibles embuscades. Ce sera le logis de Jeanne. La brave et généreuse infirmière parle désormais l’algonquin et s’occupe d’enfants et de vieillards amérindiens qui ne peuvent pas aller à la chasse. Après une période de paix qui voit Algonquins et Français se côtoyer harmonieusement, la guérilla reprend avec les Iroquois, ce qui fait fuir les Algonquins. La présence de Jeanne est plus que jamais nécessaire pour le soin des blessés.

Mais la situation financière de la colonie se dégrade. Inquiète, Jeanne décide de franchir à nouveau l’Atlantique, pour partir en quête de bailleurs de fonds. Malgré les multiples obstacles – Paris est plongée dans une période de troubles – sa confiance en la vie et en Montréal reste intacte, “enracinée au plus profond de son cœur”. Grâce à son enthousiasme, Jeanne parvient à mobiliser les bonnes volontés.

À son retour à Montréal, Jeanne constate avec effroi le dépeuplement de la colonie. Ceux qui restent vivront une période dramatique, marquée par des affrontements constants avec les Iroquois. La situation financière périclite au point qu’on n’est plus sûrs de pouvoir maintenir Montréal. Le gouverneur Paul de Chomedey part en France chercher du renfort. Parmi les nouveaux arrivants, une jeune femme de 33 ans “de la trempe des meneuses parmi les pionnières de Nouvelle-France”: Marguerite Bourgeoys, qui se liera d’amitié avec Jeanne Mance.

Les travaux vont bon train : on défriche, on construit de nouvelles maisons, on agrandit l’Hôtel-Dieu, on érige une église…On se marie et l’on enfante. Trente-trois enfants verront le jour avant 1656. Marguerite Bourgeoys fonde une école.

Le 28 janvier 1657, Jeanne, qui est âgée de cinquante et un ans, se rend à la paroisse lorsqu’elle glisse sur la glace. Son bras droit est paralysé et la plonge dans des douleurs lancinantes. Accompagnée de son amie Marguerite Bourgeoys, Jeanne quitte alors Montréal pour se rendre en France. Son état de santé empire. Les médecins qu’elle consulte craignent qu’elle ne devienne hémiplégique. C’est alors que survient un événement des plus étranges, que Jeanne relatera elle-même. Jeanne était allée se recueillir auprès du cercueil de son ami monsieur Olier, un fidèle partenaire décédé l’année précédente. “Comme j’entrai dans la chapelle, il me prit un grand saisissement de joie si extraordinaire que de ma vie je ne sentis de semblable. Mon cœur était si plein que je ne le puis exprimer.” Avant de partir, et après avoir assisté à la sainte messe, Jeanne posa la relique du cœur de M. Olier sur son bras gauche. “Je pensais aux grâces que Dieu avait mis dans ce saint cœur et fus tout étonnée lorsqu’au moment où je posai ce saint dépôt sur ma main, je la sentis libre…Je sentis au même temps une chaleur extraordinaire s’épandre par tout mon bras jusqu’au bout des doigts.” Jeanne retrouve alors l’usage de sa main. Un véritable miracle.

Enfin, le 2 juillet 1659, un navire chargé d’une centaine de personnes – hommes, filles à marier, institutrices et religieuses – prend le départ pour la contrée lointaine. Là encore, frappe la catastrophe. Le navire, qui avait auparavant transporté des soldats atteints de typhus, n’a pas été désinfecté. Il en coûtera la vie de plusieurs passagers. Jeanne est très atteinte, mais échappera cependant au mal. De retour à Montréal, une nouvelle catastrophe s’abat sur la communauté: le bienfaiteur français et concepteur de Montréal est mort. C’est la ruine. Jeanne doit à nouveau trouver des ressources financières. La période de 1959 à 1962 sera la plus sanglante de l’histoire de Montréal. Les Iroquois sèment la terreur chez les pionniers qui sont scalpés, torturés, et tués. Les hospitalières de l’Hôtel-Dieu, femmes seules risquant l’attaque à tout instant, ne manquent pas de courage.

Jeanne retourne en France, où la situation politique est complètement différente. Ville-Marie perd son indépendance. Les Associés de Montréal doivent démissionner. C’est alors que Jeanne vivra déception sur déception. L’évêque François de Laval et Jean Talon, intendant du roi à Québec, l’accusent à tort d’être une mauvaise gestionnaire. La colonie est entre les mains de vaniteux…

Jeanne passera les années suivantes chez elle, à l’Hôtel-Dieu, entourée de ses “filles adoptives”, petits-enfants et amis. “Je remets mon esprit et mon âme entre les mains de mon Dieu, me soumettant à l’ordre sacré de sa très aimable volonté. Jésus-Christ est le seul et unique appui de toutes mes espérances. J’espère le voir et l’aimer éternellement” écrira-t-elle dans son testament.

Jeanne Mance s’éteint le dimanche 18 juin 1673, en compagnie de sa grande amie Marguerite Bourgeoys. “Depuis, - les hospitalières de Saint-Joseph à Montréal en sont sûres et certaines – Jeanne ne cesse de veiller sur la ville qu’elle a créée avec Paul de Chomedey de Maisonneuve et les premiers colons”.

Depuis 1992, année de commémoration des 350 ans de Montréal, Jeanne est enfin considérée comme la fondatrice de la ville, à égalité avec Maisonneuve.

À nous, héritiers d’une riche histoire, d’entretenir la flamme léguée par cette femme hors du commun. À nous de reprendre ce flambeau d’enthousiasme, de confiance, de générosité, d’oubli de soi et de foi en la transcendance pour fertiliser notre terre et en faire le réceptacle d’un monde nouveau et meilleur…

Référence:
DEROY-PINEAU, Françoise, 1995, Jeanne Mance, De Langres à Montréal, la passion de soigner, Bellarmin, 167 p.
 

 
Une Femme de Pouvoir:

Hatchepsout, soleil féminin de l’ancienne Égypte.
Grande épouse royale, régente et pharaon.

De -1426 à -1456


Elle était la fille du pharaon Thoutmosis I. À la mort de ce dernier, elle épouse son demi﷓frère Thoutmosis II, devenant donc grande épouse royale. Cette union n’est pas « conjugale », mais plutôt magique. En effet, pour assurer l’équilibre harmonieux du pays, c’est﷓à﷓dire pour reproduire l’ordre céleste sur terre, le roi doit faire appel aux pouvoirs intérieurs d’une dame, aussi importante et aussi aimée du peuple que lui. Or, Thoutmosis II s’éteint très tôt, alors que son fils Thoutmosis III était bien trop jeune pour régner. Hatchepsout assurera alors la régence de l’Égypte, puis mènera de main de maître la barque des deux terres pacifiées, secondée par Thoutmosis III. Elle sera une pharaonne hautement respectée, dont le règne de quinze ans laissera une empreinte indélébile sur l’Égypte.

Une femme pharaon? Était-ce exceptionnel? Pas du tout. La femme en Égypte ancienne occupait une place rarement égalée dans l’histoire. En fait, pour l’Égypte, la question de l’égalité des sexes ne se posait même pas! Inspirée par Maât, grande déesse de l’Ordre universel, de la Justice et de la Vérité, la femme est la garante de la cohésion, de l’Amour, de la Beauté, de la Joie, de l’Art. Elle assure l’entretien de la Grande Vie, le lien au Sacré. C’est pourquoi elle occupe une place importante dans la vie cérémonielle, pilier de la société.

Les représentations d’Hatchepsout nous la montrent éternellement jeune, rayonnant une féminité qui n’est pas occultée par la charge du pouvoir. Voilà qui a de quoi nous surprendre. Pourtant, les grandes dames de l’histoires avaient toutes ceci en commun: des capacités de gestionnaire hors pair – sens de l’organisation, capacité de gestion des conflits, ferme volonté – conjuguées de façon harmonieuse aux vertus représentatives de la féminité : douceur, compassion, générosité, intériorité, capacité d’écoute. Hatchepsout en est un exemple frappant.

Le règne d’Hatchepsout fut des plus pacifiques. Toutefois, si les deux Égypte étaient unifiées et tranquilles, la douce pharaonne n’en incarna pas moins un chef de guerre à la ferme volonté, repoussant les ennemis potentiels. Les historiens s’accordent pour dire que son règne fut une époque de prospérité et d’expansion commerciale et artistique remarquables pour l’Égypte. Hatchepsout encouragea le commerce avec l’Asie, organisa des expéditions vers les mines du Sinaï et vers le Pount, et envoya une expédition aux carrières d’Assouan pour la taille de deux obélisques pour Karnak.

L’un des premiers devoirs d’un pharaon consistait à bâtir des temples, réceptacles de la puissance divine. Ainsi, les dieux pouvaient résider sur terre et favoriser l’épanouissement spirituel et social de la communauté humaine. Hapchesout remplira ce devoir sans faillir. On lui doit nombre d’édifices sacrés, notamment à Thèbes, à El-Kab et à Hermopolis. Un texte nous révèle les pensées d’Hatchepsout: “Ma conscience songe à l’avenir. Le cœur d’un pharaon doit penser à l’éternité. J’ai glorifié Maât.”

Pharaon est précisément le serviteur de l’éternité, sans quoi l’ordre céleste ne pourrait régner sur terre. C’est pourquoi le monument le plus important est la “demeure d’éternité” ou “temple des millions d’années” que pharaon doit concevoir dès le début de son règne, et qui servira à régénérer perpétuellement son âme. Hatchepsout construira le sien à Deir el-Bahari, sur la rive ouest de Thèbes, entre la Vallée des Rois et la Vallée des Reines, adossé à une falaise invitant à s’élever vers le divin.

Le texte de dédicace prononcé par Hatchepsout a été préservé : “J’ai construit un monument pour mon père Amon, maître du trône des Deux terres, j’ai érigé ce temple de millions d’années dont le nom est le Sacré des sacrés, en belle et parfaite pierre blanche de Toura, en ce lieu qui lui est consacré depuis l’origine”.

Une tombe de Thèbes montre Hatchepsout célébrant la grande fête du nouvel an. Lors de cette importante cérémonie, la reine recevait le dieu Amon dans son temple des millions d’années. Elle lui offrait de superbes bouquets, images de la beauté de la création mais aussi de l’épanouissement de la vie spirituelle, victorieuse de la mort. Au crépuscule, Hatchepsout allumait quatre torches; porteuse de lumière, elle illuminait les ténèbres, suivie d’une procession. Ces torches illuminaient des bassins de lait symbolisant les étais de la voûte céleste. Chaque année de son règne, la reine présida, comme une grande magicienne, ces célébrations ouvrant un chemin dans l’invisible.

Aucun document ne mentionnera le décès d’Hatchepsout, ce qui n’est pas surprenant en Égypte, où l’on accorde plus d’importance au principe céleste permanent qu’au véhicule terrestre. L’on sait toutefois que sa disparition ne s’accompagnera d’aucun trouble. Après plusieurs années de règne conjoint et une préparation exceptionnelle, Thoutmosis montera sur le trône d’Égypte pour se révéler comme “l’un des plus grands monarques de l’histoire égyptienne”.

Ce qui nous reste, c’est le parfum atemporel d’une dame exceptionnelle qui a su marier, tel le fouet et le crochet se croisant sur le cœur de pharaon, sacré et visible, contemplation et action, douceur et fermeté, beauté et intelligence, sagesse et pouvoir.


Référence : Jack, Christian, Les Égyptiennes
 

Mis à jour :  08-03-2017 09:03 PM

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